Auplus
profond de la forêt de Brocéliande, le
hêtre de Ponthus s'est élevé sur
les vestiges d'un château détruit, jadis,
par Dieu lui-même. En ces temps-là, le
chevalier de Ponthus désespérait de ne
point avoir de progéniture. "Il me faut un
enfant, qu'il vienne du diable ou de Dieu !", s'écria-t-il
du haut de la plus haute des tours de son château.
Dieu fit la sourde oreille. Mais le diable était
tout ouïe.
Le
Malin prit le chevalier au mot : neuf mois plus tard,
à la faveur d'une éclipse de lune, la
châtelaine accouchait d'un petit monstre velu.
A peine sorti du ventre de sa mère, le petit
diable sauta sur le haut d'une énorme armoire
puis se blottit sous un buffet. "Sinistre présage
!" prophétisa la sage-femme avant de s'enfuir
à toutes enjambées.
En ces temps là, il fit grand vent. La tempête
venait de l'océan. Elle épargna la forêt,
mais détruisit le château qui, emporté
par une bourrasque, s'écroula sur ses occupants.
Le souffle de l'apocalypse avait renversé les
remparts pour laisser place à un magnifique hêtre
qui domine toujours les hauteurs de Brocéliande.
Le
hêtre commémore la victoire du chevalier
Ponthus
Une
autre légende, plus jolie celle-là, raconte
les amours de Ponthus et de la belle Sydoine. Ponthus,
fils du roi de Galice, est chassé de son pays
par les Sarrasins. Le prince fuit par la mer et rejoint
le port de Vannes. Il y est accueilli par le roi de
Bretagne. A la cour du monarque, Ponthus rencontre Sydoine
: ils se plaisent. Or les Sarrasins débarquent
à Brest. Ils menacent la Bretagne. Une violente
bataille s'engage. Ponthus fait preuve d'une grande
bravoure : l'envahisseur est vaincu. En récompense,
le prince est fait connétable et le roi lui accorde
la main de Sydoine. Mais jaloux, le propre ami de Ponthus,
Guennelet, trahit son maître. Il le calomnie :
le prince est banni de la cour.
Où
se réfugie-t-il ? Dans la forêt de Brocéliande
bien sûr. Sept ans se passent. Guennelet, n'ayant pu
obtenir les bonnes grâces de Sydoine, il décide
d'en finir avec Ponthus. Le traître se rend en Brocéliande
où il défie le valeureux chevalier. Un combat
à mort s'engage. Pendant douze jours, les deux hommes
s'affrontent dans un corps àcorps monstrueux. Au soir
du douzième jour, Ponthus tranche la tête d'un
Guennelet épuisé. Rien ne s'oppose alors à
son retour à la cour du roi de Bretagne où il
épouse Sydoine en justes noces. Pour commémorer
sa victoire, Ponthus fera planter un hêtre sur le lieu
même du combat.